
Duncan Shaw (Designer IFM 2009), veste réalisée par Albéa, tissu Limonta SPA, ruban Shindo Textil, entoilage Freudenberg.
Titipon Chitsantisook (Designer IFM 2009), robe réalisée par Atelier Styl'Couture, tissu donation Georges Rech, broderie Michèle Lemaire.
En 2009, l'IFM a effectué une mission de conseil auprès de trois façonniers (Ducey Manche Création, Atelier Styl'Couture et Albea). L'Institut les a accompagnés dans leur stratégie marketing dans le cadre d'une mission définie par le Ministère de l'Industrie. Cette mission s'ajoute à la collaboration régulière et exclusive qui lie les étudiant créatifs de l'IFM et ces trois façonniers, parmi d'autres fabricants français qui détiennent le savoir-faire et la maîtrise technique liés à la « haute façon ».
Face à la fragilisation des sous-traitants de l'industrie française du prêt-à-porter de luxe, les pouvoirs publics souhaitent associer les grandes griffes au devenir de ces entreprises qui garantissent aux marques le label « made in France ». Après avoir réuni à Bercy les représentants des grandes maisons de luxe, le ministre chargé de l'industrie, Christian Estrosi, a encouragé les donneurs d'ordre et les sous-traitants à signer une charte de « bonnes pratiques ». La signature a eu lieu le 14 avril 2010 à l'IFM.
Duncan Shaw (Designer IFM 2009) et Béatrice Charbonnier (Albéa).
Une conjoncture très difficile
A Ducey dans la Manche, Annie Thévenin, dirige la création et le développement commercial de Ducey Manche Création, entreprise spécialisée dans la lingerie sophistiquée avec incrustation de dentelles, mais également dans la façon pour le luxe et la lingerie de nuit en marque propre : « nous subissons l'érosion lente et continue du marché de la lingerie de qualité, avec un coup d'arrêt brutal et sans préavis des commandes de la part des maisons de luxe au printemps 2009 ».
« Les façonniers traversent une très mauvaise passe » : ainsi s'exprime également Béatrice Charbonnier qui dirige Albéa, entreprise basée à Brûlon dans la Sarthe, spécialisée dans le « structuré » (pièces à manches : tailleurs, manteaux, cabans, trenchs, robes structurées pour la ville comme pour le soir...).
Le constat est de même nature à Saint-Berthevin près de Laval : « depuis la crise, notre exploitation est devenue très difficile », dit Cécile Kosmalski qui dirige Atelier Styl'Couture, autre façonnier spécialisé dans le « flou » pour le secteur du luxe (blouses, jupes et robes, et « grand flou » pour les robes du soir), avec une spécialité sur les matières ultra légères et difficiles à travailler telles que les mousselines, les organzas ou les twills.
Ces façonniers travaillent pour les plus grandes maisons (Hermès, Vuitton, Christian Dior, Céline, Givenchy, Lanvin, Nina Ricci, Balenciaga, Yves Saint Laurent, Chantal Thomass...).
Comme on dit en langage de façonnier, ces ateliers ont « une belle main », appréciée comme telle par les grandes griffes du luxe, qui confient traditionnellement la « façon » de leurs collections à environ 160 sous-traitants, principalement installés dans l'Ouest de la France.
Les façonniers français, en général de petites entreprises de 40 à 50 personnes et entre 1 et 3 millions d'euros de chiffre d'affaire annuel, ont vu leur carnets de commandes chuter de 25% à 30% en 2009, avec des baisses pouvant aller jusqu'à 60% pour certains d'entre eux. Avec la crise, les grands groupes ont sévèrement réduit leurs commandes et ont accentué leur recours à la délocalisation pour réduire leurs coûts de production.
Titipon Chitsantisook (Designer IFM 2009) et Cécile Kosmalski (Atelier Styl'Couture).
Résultat : chômage partiel chez les façonniers et interrogations sur leur survie à moyen terme. « Le luxe nous plante », dit franchement René-Claude Thévenin.
« On nous demande en permanence de faire des efforts dans tous les domaines -délais, interprétation des besoins, réactivité, investissement, formation, marges- alors que dès que le vent tourne, beaucoup de grandes maisons de la mode et du luxe, nous laissent sans commandes, et souvent sans préavis ».
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